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Cette semaine sur les marchés – C’est au tour de la Banque centrale européenne

Après avoir nettement rebondi fin mai (+5,4 % entre le 20 et le 27 pour l’indice MSCI AC World en dollars) pour revenir au niveau qui prévalait fin avril, les actions mondiales ont renoué avec une évolution plus erratique depuis début juin. A la clôture du 8 juin, elles affichaient ainsi une légère baisse par rapport à fin mai. Alors que certains indicateurs économiques sont encore solides mais que les craintes de récession augmentent et que l’inflation promet d’être plus élevée pendant plus longtemps, les investisseurs restent hésitants face aux perspectives de resserrement des politiques monétaires.  

Quoi de neuf aux Etats-Unis ?

Jusqu’à présent, le rapport sur l’emploi a montré que le marché du travail restait très solide : après 390 000 en mai (chiffre supérieur aux attentes), 2,4 millions de créations nettes d’emploi ont été enregistrées depuis le début de l’année. Le taux de chômage s’est stabilisé à 3,6 %, le taux de participation à la population active est remonté après la baisse inattendue qui avait été constatée en avril. Dans ce contexte, la hausse des salaires a continué à montrer une légère inflexion mais reste élevée dans l’absolu (+6,5 % en glissement annuel pour les employés chargés de production).

Les résultats des enquêtes d’activité impliquent un ralentissement de la croissance dans les prochains mois mais ce ralentissement interviendra après un rythme très élevé fin 2021 et le niveau des indices de type PMI (enquêtes auprès des directeurs des achats) correspond toujours à une expansion de l’activité.

Par ailleurs, la demande intérieure est parvenue à résister à l’inflation. Toutefois, même si les dépenses privées de consommation ont progressé de 0,7 % en avril en termes réels (après +0,5 % en mars), les prix élevés, en particulier sur les carburants, ont commencé à peser sur la confiance des ménages. L’indice publié par l’Université du Michigan est à son plus bas niveau depuis mi-2011 alors que le prix du gallon d’essence dépasse désormais le seuil symbolique de 5 dollars dans bon nombre d’Etats.

Récession ou pas ?

Dans ce contexte, le débat continue à faire rage entre les économistes qui laissent le bénéfice du doute à la Réserve fédérale américaine (Fed) et ceux qui sont convaincus de son incapacité à réussir l’atterrissage en douceur de l’économie américaine et envisagent une récession provoquée par la remontée des taux directeurs.

Sans chercher à trancher cette question, le fait est que le nombre d’occurrences du terme ‘récession’ augmente très fortement depuis février, dans la presse généraliste comme financière, ce qui traduit une inquiétude latente des investisseurs et des agents économiques. Une telle incertitude est très certainement un sujet de préoccupation pour l’Administration Biden alors que se profilent les élections de mi-mandat en novembre prochain.

Au sein de son double-mandat, la Fed paraît avoir choisi de privilégier le respect de son objectif d’inflation de 2 % et devrait poursuivre son cycle de resserrement monétaire tant qu’elle n’aura pas de preuves « claires et convaincantes » d’une stabilité des prix restaurée. Les anticipations des économistes et des marchés se sont déjà largement ajustées à cette feuille de route et leurs évolutions dans les prochains mois devraient rester marginales.

La Banque centrale européenne passe à l’action  

Après le Conseil des gouverneurs du 9 juin, il faudra peut-être encore un peu de temps pour que les anticipations se stabilisent sur la politique monétaire de la zone euro.

En mai, la multiplication des déclarations hawkish, y compris de la part de membres de la BCE généralement plus mesurés avait déjà permis un premier ajustement des anticipations. Christine Lagarde avait indiqué que la première hausse des taux directeurs devrait intervenir en juillet, c’est-à-dire « quelques semaines » après la fin des achats de titres dans le cadre de l’APP (Asset Purchase Programme), et évoqué la possibilité d’une hausse supplémentaire en septembre.

Au fil des semaines, cet enchaînement est de plus en plus clairement apparu comme le scénario central de la BCE.

De fait, jeudi 9, la BCE a confirmé que « le Conseil des gouverneurs entend augmenter les taux directeurs de 25 pb lors de sa réunion de politique monétaire de juillet » mais elle a aussi indiqué qu’elle « prévoit un nouveau relèvement des taux d’intérêt directeurs en septembre, dont le calibrage dépendra des perspectives actualisées d’inflation à moyen terme ».

Le comité mentionne qu’une hausse « plus importante » devrait être « appropriée en septembre » et anticipe au-delà une « séance progressive mais durable de hausses supplémentaires ».

Comme la Fed avant elle, la BCE a modifié en profondeur son diagnostic et ses prévisions d’inflation. Christine Lagarde a précisé durant sa conférence de presse que les hausses de prix se généralisent à l’ensemble des secteurs, que la croissance des salaires commence à s’accélérer et que les anticipations inflationnistes doivent être surveillées.

Par ailleurs, les services de l’Eurosystème prévoient une inflation à 6,8 % en 2022, 3,5 % en 2023 et 2,1 % en 2024. La comparaison avec les prévisions publiées en mars (5,1 % en 2022, 2,1 % en 2023 et 1,9 %) illustre l’expression « plus élevée pour plus longtemps » d’autant plus que l’inflation sous-jacente est désormais attendue à 2,8 % en 2023 (contre 1,8 % en mars).  

C’est un chiffre élevé et c’est un changement important de scénario qui devra être « digéré » par les investisseurs comme l’a été le changement de ton de la Fed il y a quelques mois.

A court terme, l’envolée des taux qui a suivi ces annonces vient ajouter à la fébrilité ambiante, sur les obligations mais aussi sur les actions, ce qui justifie la position un peu plus prudente que nous avons adoptée dans nos portefeuilles, notamment en réduisant notre exposition aux actions de la zone euro.

La politique monétaire plus agressive que prévu de la BCE vient en effet s’ajouter au ralentissement de la croissance, au risque géopolitique malheureusement toujours présent et, d’un point de vue microéconomique, à des perspectives bénéficiaires qui ne paraissent pas pleinement prendre en compte ces divers éléments.

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