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L'effet de contagion des crypto-monnaies sur les actions

La corrélation croissante entre les crypto-monnaies et les actions – notamment en Asie – pourrait être contagieuse. Compte tenu des pertes importantes enregistrées récemment sur les crypto-monnaies, les particuliers et les investisseurs institutionnels exposés à la fois aux crypto-monnaies et à des actifs et passifs financiers traditionnels pourraient être contraints de rééquilibrer leurs portefeuilles. Cela pourrait accroître la volatilité des marchés financiers, voire entraîner des défauts sur les passifs traditionnels.

Avant la pandémie, l’univers des crypto-monnaies semblait relativement isolé des marchés financiers. Les performances du bitcoin et les autres crypto-instruments [1] étaient en effet faiblement corrélées avec celles des actions. Les crypto-actifs étaient même jugés utiles pour diversifier les risques et se protéger des fluctuations d’autres classes d’actifs.

Cependant, depuis la crise sanitaire, la corrélation entre ces actifs et les actions a fortement augmenté, ce qui tend à montrer que le secteur financier pourrait ne pas être immunisé des futures vicissitudes des crypto-actifs. Ces tendances renforcent également les arguments favorables à la création de monnaies numériques de banque centrale (MNBC) afin d’encadrer le marché des crypto-monnaies et de mieux gérer les risques associés.

Une corrélation en hausse constante

Selon des travaux de recherché [2], entre 2017 et 2019, le coefficient de corrélation entre les variations quotidiennes du marché du bitcoin et l’indice boursier S&P 500 n’était que de 0,01. Toutefois, ce chiffre s’est établi à 0,36 entre 2020 et 2021. Une augmentation tout aussi marquée de la correction a été observée entre la performance de l’indice MSCI Emerging Markets et le bitcoin, qui a atteint 0,34 en 2020-21 contre seulement 0,02 les années précédentes.

Le trading de crypto-monnaies a explosé depuis la pandémie, car des millions de personnes confinées ont cherché à s’engouffrer dans la brèche du trading numérique. La faiblesse des taux d’intérêt et les conditions de financement favorables ont également accentué les flux d’investissement vers le marché des crypto-monnaies. Enfin, les aides financières distribuées par les États pour lutter contre la pandémie ont également contribué à cette tendance.

La contagion des crypto-monnaies

C’était sans compter la volatilité intrinsèque du marché des crypto-monnaies. La capitalisation du marché mondial des crypto-monnaies a été multipliée par 20 entre juin 2020 et décembre 2021 pour atteindre 3 000 milliards de dollars, selon le Fonds monétaire international. Elle s’est ensuite brusquement évaporée, pour retomber à moins de mille milliards de dollars en juin 2022, lorsque les banques centrales ont commencé à durcir leur politique monétaire pour lutter contre l’inflation.

La corrélation accrue entre les marchés des crypto-actifs et des actions renforce la possibilité d’un effet de contagion d’un marché à l’autre. Une telle contagion pourrait se propager si les investisseurs individuels ou institutionnels détenant à la fois des crypto et des actifs et passifs financiers traditionnels venaient à subir des pertes importantes en raison de la volatilité des marchés crypto-actifs. Le moindre rééquilibrage des portefeuilles des investisseurs pourrait entraîner une plus grande volatilité des marchés financiers, voire des défauts sur les passifs financiers traditionnels.

Les principaux marchés de crypto en Asie comprennent l’Inde, le Vietnam et la Thaïlande, qui ont tous enregistré une forte hausse de la corrélation crypto/actions (cf. Graphique 1). Cette interconnexion croissante entre les crypto-actifs et les marchés actions renforce la transmission des chocs susceptibles de déstabiliser l’ensemble du système financier.

Certaines banques centrales asiatiques, sensibles à ce risque croissant et désireuses de mieux le gérer, ont imposé des réglementations sur le marché des crypto-monnaies et créé leur propre monnaie numérique.

La Chine est allée jusqu’à interdire complètement le trading, le minage et les transactions sur bitcoins en 2021 et a créé la première MNBC au monde, le « Digital Currency Electronic Payment » (DCEP) dotée d’un système de contrôle centralisé, en 2014 [3]

Monnaies numériques de banque centrale

Selon l’Atlantic Council [4], le nombre de pays envisageant d’adopter une MNBC est passé de 35 en 2020 à plus de 105, soit plus de 95 % du PIB mondial. Cet intérêt s’explique par la volonté croissante d’améliorer l’accès et l’inclusion financière et de faciliter les paiements et les règlements. [5]

Jusqu’à présent, la plupart des projets de MNBC sont concentrés dans les pays émergents, dont la moitié en Asie. La Chine est à la pointe de l’initiative, puisque 23 villes participent désormais à l’expérience DCEP.

La Banque populaire de Chine (PBoC) a notamment lancé le projet Multiple CBDC Bridge (ou mBridge) à Hong Kong en 2021 en collaboration avec la Banque des règlements internationaux, l’Autorité monétaire de Hong Kong, la Banque centrale de Thaïlande (BOT) et la Banque centrale des Émirats arabes unis.

Ce projet cherche à exploiter le potentiel des monnaies numériques et de la technologie des registres distribués (distributed ledger technology – DLT) afin de contribuer à des paiements et des règlements transfrontaliers en temps réel, moins chers et plus sûrs. Il pourrait se poser en concurrent du système SWIFT [6], basé sur le dollar.

Remise en cause des ruptures introduites par les crypto-monnaies

Certains pays sont plus prudents. L’Autorité monétaire de Hong Kong, par exemple, étudie les applications d’une MNBC depuis plus de cinq ans, mais n’identifie pas de besoin pressant pour une MNBC destinée aux particuliers. D’autres, notamment en Europe et aux États-Unis, s’inquiètent des implications des MNBC, notamment en matière de sécurité des données et de respect de la vie privée.

L’avènement des crypto-monnaies pourrait bouleverser le système financier mondial, mais le développement des MNBC fera probablement office de contrainte réglementaire à leur croissance. Le politique anti-crypto de la Chine remet clairement en cause les ruptures introduites par le processus de développement des crypto-monnaies.

Références

[1] Nous doutons du statut d’« actif » conféré aux crypto-monnaies, comme le bitcoin, même s’il est possible d’y investir. Cf. What is the problem with cryptocurrency (bitcoin)?   

[2] Iyer, Tara (2022), « Cryptic Connections: Spillovers between Crypto and Equity Markets », Global Financial Stability Notes, Monetary and Capital markets, FMI, janvier. Source : https://www.imf.org/en/Publications/global-financial-stability-notes/Issues/2022/01/10/Cryptic-Connections-511776   

[3] Lire « Chi Time : Crypto-Renminbi to Challenge the US Dollar », mai 2020, « Chi on China : The Crypto-Renminbi’s Disruption to the Market, Economic Growth and Policy », août 2020, et « Chi on China : The Inherent Risks of Cryptocurrencies – When Bitcoin Meets CBDC », mai 2021.    

[4] « Central Bank Digital Currency Tracker », Atlantic Council. Source : https://www.atlanticcouncil.org/cbdctracker/   

[5] « Chi on China: The Crypto-Renminbi’s Disruption to the Market, Economic Growth and Policy », août 2020    

[6] Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT)  

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