Weekly strategy update
Commentaire de marché, Synthèse hebdomadaire, Vues et tendances globales

Une conjoncture toujours favorable aux actifs risqués

30 novembre 2017 - Guillermo Felices, Head of Research and Strategy, Multi Asset Team, MAQS

Les indices des directeurs d’achats aux États-Unis et dans la zone euro mettent en évidence des perspectives de croissance ; le Royaume-Uni constitue l’exception

Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il n’est pas conseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

SYNTHÈSE

  • ROYAUME-UNI : DES PERSPECTIVES QUI SONNENT L’ARRIVÉE DE L’HIVER
  • APLATISSEMENT DES COURBES DE TAUX : UN SIGNE DE BAISSE DES ANTICIPATIONS D’INFLATION
  • BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE : UN NOUVEAU PAS VERS LA NORMALISATION MONÉTAIRE ?

Les marchés d’actions ont connu une bonne semaine. Les places européennes et émergentes ont distancé la Bourse américaine, en dépit de la vigueur continue du secteur des technologies de l’information aux États-Unis.

Les statistiques récentes ont renforcé l’idée d’une conjoncture favorable dite « Goldilocks », dans laquelle une croissance relativement robuste ne génère pas le type de tensions inflationnistes qui pourrait inciter les banques centrales à accélérer la normalisation de leur politique monétaire.

Les marchés de la zone euro, en particulier, ont bénéficié d’une solide dynamique économique, avec de bonnes nouvelles conjoncturelles et des indicateurs de confiance particulièrement bien orientés. Les indicateurs avancés des directeurs d’achats (PMI) en Europe ont atteint des niveaux étonnamment élevés, surtout en France et en Allemagne, mais, comme il s’agit de données émanant d’enquêtes, nous avons encore besoin d’observer le reflet de cet optimisme dans les données réelles de l’activité économique.

ROYAUME-UNI : DES PERSPECTIVES SONNANT L’ARRIVÉE DE L’HIVER

Au cours de la semaine écoulée, les rendements des obligations ont plutôt stagné, bien que les rendements des emprunts d’État britanniques aient été sous pression après la présentation du budget qui a comporté des prévisions faisant froid dans le dos : l’organisme en charge des prévisions officielles (OBR, Office for Budget Responsibility) a abaissé ses projections de croissance du PIB du Royaume-Uni à moins de 1,5 % par an sur les trois prochaines années. Si cette prévision se vérifie, elle impliquera une prolongation de la longue période de croissance faible du salaire et du revenu moyens qui a affecté l’économie ces dernières années. Elle contraindra les autorités à faire un choix entre procéder à de nouvelles coupes dans les services publics ou augmenter les impôts. Ces perspectives nous confortent dans l’idée que le relèvement des taux directeurs intervenu le mois dernier a constitué une erreur. La Banque d’Angleterre pourrait devoir l’effacer en 2018 selon nous.

APLATISSEMENT DES COURBES DE TAUX : UN SIGNE DE BAISSE DES ANTICIPATIONS D’INFLATION

Les marchés n’attendent aucun changement abrupt dans les politiques des banques centrales. Les investisseurs continuent de supposer que les ajustements qui pourraient être apportés resteront progressifs, bien qu’un durcissement de la posture de la Réserve fédérale américaine (Fed) soit possible à l’approche d’une approbation définitive et d’une mise en place des mesures de relance, notamment des baisses d’impôts. À ce stade, les hausses de taux d’intérêt anticipées par les responsables monétaires aux États-Unis ne sont pas intégrées dans les probabilités du marché. La Fed a prévu trois nouveaux relèvements à partir de 2018 (le premier en mars), mais les anticipations du marché pour le taux cible des fonds fédéraux n’indiquent qu’un geste haussier en sus de celui largement attendu le mois prochain.

Les pressions sur les rendements à long terme sur fond de baisse des anticipations d’inflation ont contribué à aplatir les courbes de taux. Ce mouvement concerne davantage la courbe américaine que celle de la zone euro pour les raisons suivantes : d’une part, la Fed a déjà entamé son resserrement monétaire, tandis que la Banque centrale européenne (BCE) n’a fait que quelques pas vers la réduction de son programme d’assouplissement quantitatif ; d’autre part, de nouvelles hausses des taux sont prévues aux États-Unis, alors que la perspective d’une action de la BCE sur les taux est plus éloignée.

S’agissant des perspectives à court terme, le compte rendu de la dernière réunion de la Fed a montré que de nombreux membres du comité de politique monétaire (FOMC) restaient préoccupés par la faiblesse persistante de l’inflation aux États-Unis. Après le relèvement des taux en décembre, nous estimons que tout nouveau geste haussier requerra des preuves manifestes d’inflation, même en présence d’une situation tendue sur le marché de l’emploi.

BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE : UN NOUVEAU PAS VERS LA NORMALISATION MONÉTAIRE ?

En ce qui concerne la politique de la BCE, le procès-verbal de la dernière réunion monétaire a montré que les responsables de l’institution avaient jugé nécessaire d’indiquer aux marchés que la fin de l’assouplissement quantitatif n’était pas proche et que le Conseil des gouverneurs restait engagé à atteindre l’objectif de 2 % d’inflation. Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, a en outre apporté un précieux éclairage sur les réflexions actuelles du Conseil. Il a indiqué que le prochain changement possible dans les indications prospectives de la BCE sur sa politique monétaire consisterait en la suppression du lien entre les perspectives d’inflation et les achats d’actifs à un moment donné entre aujourd’hui et septembre 2018. Cette initiative signalerait l’arrêt du programme d’assouplissement quantitatif et représenterait un nouveau pas vers la normalisation de la politique monétaire, qui replacera l’instrument des taux d’intérêt au centre de la stratégie de la BCE. L’amélioration de la dynamique de croissance de l’économie de la zone euro pourrait contribuer à convaincre d’autres membres du Conseil de faire avancer le processus de normalisation.

Un rebond de l’inflation en zone euro en novembre est possible du fait de la dissipation de l’impact des facteurs erratiques qui ont pesé en octobre. Ce développement pourrait exercer une pression sur le président de la BCE, Mario Draghi, pour qu’il adopte un ton plus ferme lors de sa conférence de presse à l’issue de la réunion de décembre. Sur le plan des perspectives d’inflation, la réunion, cette semaine, des membres de l’Opep et d’autres grands pays producteurs de pétrole pour discuter de l’évolution de l’accord existant de limitation de la production, devrait apporter des indications sur la capacité des cours du pétrole à poursuivre leur ascension. Une prolongation des coupes de production actuelles jusqu’à fin 2018 est largement attendue.

Achevé de rédiger le 27 novembre 2017

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